Une grande partie des associations d’Éducation populaire (dont la majorité des salariéEs sont des animateurs(trices)) fonctionnent grâce aux subventions publiques. Les financements publics sont en baisse constante. Depuis quelques années, les fondations d’entreprise lancent des appels à projet. La plupart des associations, afin de développer de nouvelles actions répondent à ces appels à projet et reçoivent donc des subventions de ces fondations d’entreprises. Les conseils d’administration et les directeurs (trices) de ces associations font appel à ces subventions sans réfléchir ou en ayant le discours « Autant en profiter », pensant que l’objectif de leur association nécessite n’importe quel financement, sans penser au sens et à la portée politique de leur décision.
Fondations d’entreprise : qu’est-ce que c’est ?
Toutes les multinationales ont une fondation d’entreprise. Exemple : Fondation Vivendi Universal, Fondation Mac Donalds, Fondation BNP Paribas, Fondation de France (qui regroupe de multiples multinationales). Une partie des bénéfices de la multinationale est reversée à la Fondation (ce qui donne droit en passant à une exonération d’impôt). Par exemple, Mac Donald’s a reversé 1.7 Milliard d’euros à la fondation Mac Donald’s en 2003.
La fondation propose aux associations, sur des projets précis (et non sur le fonctionnement général) et sur un temps donné (environ cinq ans) d’attribuer des subventions pour encourager la naissance et le maintien de certains projets.
Le cahier des charges n’est pas lourd, les subventions sont attribuées facilement du moment que le projet rentre dans les grandes lignes de la fondation. (Exemple : La fondation Vivendi Universal attribue des subventions à des projets d’aide à l’emploi, la fondation BNP Paribas à l’accompagnement scolaire, l’encouragement aux carrières de jeunes artistes, la Fondation Auchan, elle, subventionne des projets à l’initiative de jeunes (musique, sport, etc.) )
Les fondations insistent tout de même sur la mise en valeur de leur logo, qui est le même que la multinationale. Publicité donc toute trouvée, puisque très rapidement, la multinationale, voit son logo trôner autour de projets forts de sens, d’accompagnements de projets de solidarité, de création artistique, etc. La multinationale porte donc des projets aux valeurs fortes qu’elle n’encourage pas dans sa gestion d’entreprise. Comment peut-on parler d’aide à l’emploi, d’encouragement à la création artistique, d’aide aux personnes en difficulté financière ou sociale quand la logique libérale et l’idéal capitaliste qu’ils portent cherche le chômage, la normalisation de l’art, les inégalités de salaires et de droits ?
Certes, ces fondations d’entreprise ne sont pas regardantes, mais jusqu’à quand ? La baisse des subventions publiques encourage l’augmentation des subventions privées. Les instances publiques (État, conseil régional, Caf...) auxquelles nous nous adressons actuellement, sont déjà sur un mode de fonctionnement d’appel à projet. Ils ont un droit de regard très fort sur les projets mis en place. Par exemple si leur axe fort est « la parentalité », il est très compliqué de se faire subventionner sur un projet complètement différent qui ne porte pas sur la relation parents/enfants. Les subventionneurs privés iront plus loin. Ils ont en ligne de mire l’hyperconsommation comme mode de société, et veulent enlever tout débat, tout ce qui permet à chacun de se positionner, de réfléchir, de construire. Hors nous, animateurs (trices) d’éducation populaire, notre métier, notre ambition est de permettre à chacun d’être acteur de ce qu’il vit, de ne pas simplement choisir, mais de faire, d’agir, de construire. Et le cauchemar arrive vite quand on pense que les logos des multinationales seront présents sur chacune de nos actions. Parlera-t-on de festival de musique subventionné par la Fondation Vivendi Universal, de jardin pédagogique financé par La fondation Aventis, de projet d’éveil au goût chez les enfants subventionné par la fondation MacDonald ? Certes, nous sommes salariéEs d’associations et n’avons pas le pouvoir de décider du budget, ni des subventions sollicitées dans les associations où nous sommes salariéEs.
Mais nous sommes militantEs d’éducation populaire.
Avec ces subventions, issues d’instances non démocratiques, issues d’entreprises qui exploitent leurs salariéEs, qui exigent de leur salariéE des conditions de travail inacceptables, qui répriment les syndicats en France et dans le monde entier, notre action sociale, éducative et socioculturelle est en danger.
Nous devons exiger un refus de ces subventions d’entreprises par nos conseils d’administration et par nos équipes de direction !
Si l’État continue à baisser ses subventions, nous ne céderons pas aux financements privés, nous ferons autrement, nous nous organiserons sans eux, pour rappeler que les associations d’éducation populaire sont là pour permettre à chacunE de s’interroger, de débattre, de construire et que rien, ni aucune multinationale, ni aucunE ÉluE, ne décidera à la place de ses militantEs !

