Le 11 décembre 2007 vers 21 h
J’ai reçu ça : alors je fais circuler, parce que pour le moment, je ne sais pas quoi faire d’autres... Si vous avez des idées ?
Bonjour à tous,
Ma fac (Lyon II) s’enfonce tous les jours un peu plus dans le
mépris des étudiants et dans un logique policière qui m’inquiète
profondément.
Les médias ne nous suivent pas, ne relayent rien, s’auto censurent
ou se font censurer.
Tout a commencé avec la Loi Pécresse de réforme des Universités,
signée dans la précipitation cet été par le président de la fac,
Monsieur Journès.Certains étudiants et enseignants s’opposent à
cette loi.
Les étudiants ont choisi le blocage de l’Université comme mode
d’action. On peut être pour ou contre, je ne suis pas sûre que ce
choix ai rendu service aux manifestants et à leur image mais
aujourd’hui, à la limite, peu importe.
On a,
pour l’instant, dépassé ce débat.
Depuis quelques jours, le président de l’Université a fait appel
aux "forces de l’ordre" : des vigiles privés, très jeunes, non
asermentés, arrogants et dépassés par les événements, patrouillent
dans la fac avec au bras un brassard orange marqué "sécurité". Ils
apostrophent tout le monde, tutoient tout le monde, et nous
demandent de justifier de notre présence dans l’Université en
montrant notre carte "cumul" (une carte magnétique d’étudiant ou
d’enseignant qui sert aussi de carte de bibliothèque et de carte...
de paiement dans l’enceinte de la fac... ce qui, en soit, ne me
plaît déjà pas beaucoup).
Il semble bon de rappeler qu’une Université est, selon la loi, un
"établissement public à vocation scientifique et culturelle"...
Les étudiants qui manifestaient scandaient à l’encontre des
vigiles, hier
matin : "Voyous, racailles." Car certains d’entre eux s’amusent à
retenir les étudiantes pour les draguer, d’autres en sont venus aux
mains avec des étudiants de leur âge, une étudiante a été
"étranglée" avec son écharpe pour qu’elle dégage un passage.
A l’entrée principale du campus de Bron, et rue Chevreul sur lle
campus des quais du Rhône, dès 7h30 le matin, tous les jours, les
CRS arrivent pour déloger les étudiants qui protestent. 9 cars de
CRS devant le campus de Bron, 9 cars de CRS devant le campus des
quais de Rhône. Ils sont, régulièrement, soutenus par la
gendarmerie mobile.
J’étais là, hier matin. Deux de mes étudiantes m’avaient dit avoir
été "molestées" par les CRS la veille et voulaient que j’en sois
témoin. Eh bien oui, ils les plaquent au sol, les jettent plus
loin, les matraquent dans le ventre et sur la tête.
Sur les quais, hier, deux leaders syndicaux étudiants (un de Lyon
2, l’autre de Lyon 3) ont été désignés du doigt par des policiers
en civil avant d’être poursuivis dans une rue adjacente par les
CRS. Ce qui signifie, nous sommes d’accord, qu’un travail préalable
"d’information" a été effectué et que ces arrestations sont ciblées
pour détruire les mouvements syndicaux.
Les deux hommes sont en garde-à-vue et devraient être déférés à la
Justice aujourd’hui même (donc : il existe désormais des
comparutions immédiates pour les manifestants, vous serez
prévenus). Dans un communiqué odieux et mensonger, la présidence de
la fac dit qu’ils sont "extérieurs à l’Université" et que ces
arrestations sont survenues après des troubles. Il n’y a pas eu de
troubles autres que la manifestation pacifique, nous sommes
plusieurs enseigants à en être témoins.
Un étudiant a été blessé et, une fois aux Urgences, a hérité de
douze points de suture sur le crâne. Des étudiants ont été mis en
joue au flashball.
Des policiers en civils sont toujours là, dont un homme sur mon
campus : de "type méditerrannéen", il porte une grosse doudoune
noire, un talkie walkie dans une poche, un appareil photo dans
l’autre. Lui et ses camarades filment longuement les manifestants.
S’ils ont effectivement été convoqués par le président de
l’Université dans le seul but de permettre aux étudiants qui
veulent suivre les cours d’entrer dans la fac, pourquoi filment-
ils ? Doit-on ajouter la DGSE à la liste des membres du personnel de
l’université ?
De notre côté, enseignants ou étudiants, ils nous empêchent un
maximum de filmer. Ce qui siginifie que les images disponibles sur
youtube et sur dailymotion ne sont pas à la hauteur de la réalité.
Face à cette situation, plusieurs enseignants, dont je suis, ont
refusé de faire cours. Je refuse d’entrer dans une fac investie de
forces de police, de gendramerie et de vigiles privés non
asermentés. Je refuse de montrer des papiers d’identité pour me
rendre sur mon lieu de travail. Je refuse de me faire bousculer par
des CRS. Je refuse de me faire tutoyer avec mépris par des
individus que je ne connais pas. Je refuse d’entendre un vigile
insulter un de mes collègues (pourtant munis du sac en cuir typique
de l’enseignant, pourtant plus honorable que moi dans l’allure avec
ses cheveux blancs) en lui disant "J’vais t’fumer toi, j’vais
t’fumer."
Nous ne sommes pas, que je sache, dans un état policier. Ou alors
il faut nous le dire clairement, parce que cela signifie que les
règles du jeu ont changé. Je croyais que l’on avait le droit de
grève dans notre pays.
Je crois que ce qui m’inquiète le plus, c’est de recevoir des
communiqués de la Présidence affirmant que la situation est
désormais "normale".
SI CETTE SITUATION EST NORMALE, JE DEMISSIONNE.
D’autre part, pour permettre l’action des ces policiers, militaires
et vigiles, toutes les sorties de sécurité sont bloquées. Certains
enseignants et étudiants s’obstinent à faire cours dans une
ambiance délétère et dangereuse. Ce qu’ils risquent purement et
simplement, en cas d’incendie, c’est de brûler vifs dans des locaux
qui sont déjà vétustes.
Je joins à ce message la "Lettre ouverte à la présidence de Lyon 2"
rédigée par des enseignants (datée d’avant hier 5 décembre et déjà
dépassée par les événements d’hier), ainsi que le dernier message
de la présidence elle-même, pour que vous puissiez juger vous-même
de la mauvaise foi, du mépris et des ronds de jambe du langage qui
se banalisent dans notre environnement politique et médiatique.
Ce message est, bien sûr, à faire passer si vous en ressentez le
besoin.