Sur le dressage par Sciences Po des otaries savantes de la bourgeoisie, c’est à dire sur la construction sociale des vermiceaux boutonneux au service du capital (qui tue dans d’atroces souffrances), lire les textes de Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, "La production de l’idéologie dominante", Actes de la recherche en sciences sociales (n° 2-3, 1976) et le livre d’Alain Garrigou, Les élites contre la république : Sciences-po et l’ENA (La découverte, 2001). La sélection sociale dans l’incubateur de vers à soie du PPA est drastique. Sciences Po, « s’est encore embourgeoisé depuis dix ans » : de 1987-1988 à 1997-1998, la part des enfants d’ouvriers est passée de 1,5% à 1% (contre 27% dans la population active française), celle des employés de 2,5% à 2% (30%), tandis que le sous-total des enfants de classes supérieures passait de 77 à 81,5% (Source : Alain Garrigou, Les Élites contre la République, La Découverte, 2001, p.148).
D’ailleurs Laurence Parisot, présidente du MEDEF, a exprimé sa gratitude à l’égard de la célébre école des larves officielles : "Je suis absolument persuadée que beaucoup, dans ma façon de faire aujourd’hui, dépend de ce que j’ai appris à Sciences Po. Je crois que ma rigueur, ma méthode detravail, la façon dont je fais travailler mes collaboreateurs et mes équipes sont directement issues de ce que j’ai appris à Sciences Po" (Laurence Parisot, Rue Saint-Guillaume, n°142, mars 2006, p. 15).
Faut-il rappeller que Richard Descoings, le patron de Sciences Po a décroché la Laisse d’or en juin 2007 ? "Avec de la volonté, on peut relancer l’ascenseur social. Pourvu que chacun accepte de ne pas rester chez soi, pour soi, sur son quant-à-soi", professe t-il. Il donne l’exemple : fin 2004, il sort de chez lui pour rejoindre l’équipe de l’ex-patron du FMI Michel Camdessus, chargée de "réfléchir à une nouvelle croissance pour la France". Puis il prend l’ascenseur social avec Luc Ferry, qui lui offre la Légion d’honneur. Entre deux diners au Siècle, le club de la discrimination ultrachic (Minc, Joffrin, Seillère, ...), le dandy romantique court soutenir le "oui" à un meeting de l’UMP (1) avec Nicolas Sarkozy et Michel field. Après quoi il s’engouffre au Conseil pour la diffusion de la culture économique (Codice), créé par Thierry Breton pour "réconcilier les Français avec l’économie". En mai 2007, enfin, Descoings rentre chez lui. Il attend un coup de fil. Membre de Diagonale, la secte des "sarkozystes de gauche", il espère figurer dans le monte-charge social du gouvernement Fillon. Mais la déception a été cuisante. Compatissant, Le Plan B lui a accordé une deuxième chance : une laisse d’or en sautoir.
(1) Le 12 mai 2005, Richard Descoings participait à un grand meeting (avec le PDG de Sanofi-Aventis, le fondateur d’Endémol, et arnaud Lagardère) pour soutenir Nicolas Sarkozy, l’UMP et le "Oui" au réferendum. Le gouvernement Raffarin était presque au complet. Déjà en février Sciences Po avait invité Condoleeza Rice à répondre à des questions visées à l’avance par l’ambassade des Etats-unis. Assurément, le contre-pouvoir qui naîtra de l’usine à larves dirigée par Richard Descoings sera plus redoutable encore que l’actuel.