rebellyon.info

Du général au particulier : Pour changer la société, organisons-nous !

Publié vendredi 18 mai 2007
 
Il m’avait été demandé voici quelques temps un article sur le syndicat du bâtiment de la CNT à Lyon. La lecture, dans le Popouri du mois de Mars, de l’article mettant en parallèle organisation et groupe affinitaire pour mieux casser la première m’a donc motivé pour me lancer.

Il faut se méfier des organisations, on est bien d’accord. Les grandes organisations politiques et syndicales en France sont toutes tombées dans un modèle de gestion du capitalisme. Ces organisations se sont engluées au fil de l’Histoire dans la cogestion. Aujourd’hui ça n’est pas un hasard si nous en sommes là, les organisations de gauche ont leur responsabilité. Mais ce qu’elles ont démontré, selon moi, c’est bien l’impasse que représente la voie social-démocrate, la voie réformiste, la voie du changement par l’Etat ou encore la voie du capitalisme à visage humain. En somme, toute idée de changement révolutionnaire a été écarté. selon l’auteurE de cet article les organisations n’ont pas d’intérêt, il faut s’organiser en groupe affinitaire. Commençons déjà par se rappeler d’où viennent la baisse du temps de travail, le salaire minimum, les congés payés, la Sécurité Sociale, la retraite, le chômage... Toutes ces choses que des organisations politiques et syndicales se sont donné la peine de développer. Bien sûr que l’on peut et doit critiquer ces acquis et mêmes comment ils ont pu être obtenu, cela nous permet d’avancer aujourd’hui.

Plusieurs critiques ressortent de cet article d’un ou une auteurE qui revendique d’exister en tant qu’individu contrairement à nous, les “organisés”, mais qui préfére rester anonyme. Nous n’aurions pas de vie commune, collective, pas de solidarité matérielle effective. Nous ne serions pas dans la lutte concrète, pas une force agissante contrairement aux groupes affinitaires qui, eux, ont la verité puisqu’ils sont en contact avec l’illimité.

Pour ce qui est de la vie commune, il suffirait de se repencher sur l’histoire du PCF pour observer qu’il y avait une vie commune entre adhérents. Commune dans le militantisme : réunions de cellule, vente de l’Humanité sur les marchés, porte à porte, diff de tracts, collage, participation aux meetings et fêtes... Mais à force de militer ensemble, cette vie commune débordait le cadre de la lutte, des amitiés et autres se créaient. Cela est vrai dans d’autres organisations, bien sûr. Il faut voir comment sont organisées certaines sections syndicales ou unions locales. La nécessité d’être unis est tellement forte qu’elle crée de liens militants et affectifs. Cela est particulièrement vrai en temps de grève : les travailleurs et les travailleuses réinventent leurs relations. Quant à la solidarité matérielle, les exemples à travers l’Histoire sont nombreux qui montrent ce dont ont été capables les gens à travers leurs organisations : dons de nourriture, vêtements, argent ou encore le fait d’accueillir les enfants d’une ville en grève pour leur assurer le gîte et le couvert à l’abri des tracas de la lutte. Aujourd’hui encore elle s’exprime. Elle est essentiellement monétaire et vise à contrer la répression patronale : paiement des salaires pendant une mise à pied, paiement d’amendes, financement de la lutte... Autre solidarité syndicale concrète que l’on voit se développer en ce moment, c’est celle qui vise à aider les travailleurs immigrés réduit à l’esclavage sur certains chantiers (avec pas mal de victoires) ou encore la lutte pour la régularisation des travailleurs sans-papier dans les entreprises (par exemple chez Modeluxe, grève et occupation qui se termineront par une victoire). Qui veut aller expliquer au syndicaliste qui est en lutte permanente contre son patron qu’il n’est pas dans la lutte concrète ? Ces syndicalistes subissent d’énormes pressions matérielles et psychologiques, ils dépensent une énergie militante surdimensionnée. Ils gagnent des avancées (salaires, emplois... écoutez La bande à Spartacus, émission sur le syndicalisme et la lutte des classes, tous les jeudis de 20 h à 21 h sur Radio Canut, 102.2) et perdent parfois mais toujours ont la force et le courage de s’y remettre. Allez leur dire qu’ils ne sont pas une force agissante. Mettez un casque !

“Reprendre l’initiative dans le réel”. C’est bien la vocation des organisations. Ouvrir une maison pour l’occuper, développer des activités éducatives et culturelles, développer des alternatives alimentaires... Tout cela les organisations le font déjà. A propos des manifestations  : l’action y serait le propre des groupes affinitaires. Tout d’abord, une manifestation est en soi une action, un engagement et qui la prépare et l’organise ? ce sont bien les organisations. Il est clair qu’il y a beaucoup à faire pour dépasser nos manifs plan-plan mais encore une fois ne jetons pas tout. Qu’est-ce qui nous a fait gagner contre le CPE ? (oui, je sais on aurait dû aller plus loin contre le CNE...) C’est la pression de la rue, ce sont les centaines de milliers de gens dans les rues qui ont fait reculer le gouvernement. Je ne crois pas que ce soit dû aux actions des groupes affinitaires. A propos, une contradiction me semble poindre. Il y a critique de ces manifs pour agir, se cacher, agir, se cacher...se cacher dans la manif et donc faire porter la responsabilité de l’action à toute la manif : ça a un petit côté élite qui s’en fout des autres. Pourquoi ne pas organiser des manif-actions comme en Allemagne par exemple. Un dernier point de débat serait  : à qui nous adressons-nous ? Comment changer ce monde et avec quel outil ? Il me semble justement que l’outil “organisation de masse” est le plus approprié et nécessaire dans le sens où il doit préfigurer ce qu’est notre projet de société. Si nous voulons changer la société il est intéressant de s’y confronter pleinement. C’est une des fonctions du Syndicalisme Révolutionnaire : se réunir sans parti pris idéologique, affinitaire... pour aller vers plus de justice. Si nous ne sommes pas capables aujourd’hui de vivre notre syndicalisme autogestionnaire avec des camarades que nous ne connaissons pas, avec lesquels nous pouvons ne pas être d’accord voire qui peuvent nous paraître insupportable, nous ne serons pas capables de fonctionner demain à plus nombreux, en société. L’affinitaire a son utilité (pour certaines activités ou actions) mais il me semble que quand on veut changer le monde, on doit s’y confronter et une organisation le permet. De plus cela est nécessaire si l’on veut, à force de vivre en milieu fermé et limité, ne pas se déconnecter de ce que vivent la majorité des gens . Comment aborder les gens et les faire venir à la lutte révolutionnaire si nous ne les incluons pas à notre projet organisationnel.

L’organisation repousse les limites de par la richesse des rencontres les plus diverses que l’on peut y faire, de par les réseaux locaux, nationaux et internationaux qu’elle nous ouvre, de par les moyens financiers que l’on peut y développer et de par l’énergie cumulée qui représente bien plus que la somme de toutes nos énergies individuelles. L’Union fait la force.

Venons en au particulier. La CNT est sur le point de déclarer la naissance d’un syndicat du Bâtiment très officiellement appelé : Syndicat Unifié du Bâtiment, des Travaux Publics, de l’Equipement, des métiers du Bois, de l’Ameublement et des Matériaux de Construction. ouf !

Pourquoi se syndiquer, s’organiser  ? En face de moi, j’ai mon patron qui a le pouvoir dans son entreprise et quelque part un certain pouvoir économique sur moi. Ca ne s’arrête pas là puisque mon patron et tous les patrons de sa corporations s’entendent de manière passive ou active sur les conditions économiques d’exercice de leur activité : la menuiserieet plus largement la filière bois. Mais audelà, les patrons du bâtiment en général s’entendent pour cristalliser à des moments précis nos conditions de travail  : convention collective, grille des salaires, temps de travail... Bien sûr, ça ne s’arrête pas là, tout est lié, du bâtiment on arrive à l’amènagement du territoire et donc à la politique des transports mais aussi au type de logement qui induisent des types rapports sociaux , aux matériaux de construction qui induisent des conséquences écologiques...

Plus globalement, que ce soient sur le salaire minimum, les congés payés, le temps de travail, le Code du Travail en général : tous les patrons (de manière active ou passive) s’entendent. Leur syndicat de combat, leur syndicat de classe s’appelle le MEDEF. C’est pourquoi je pense qu’en face il faut s’organiser en syndicat réunis en fédération à travers toute la France afin de se battre dans notre secteur. Mais conscient de la lutte des classes nous devons être unis avec les autres travailleurs par le biais des unions locales de syndicats ainsi que par le biais des unions régionales. Pour finir nous sommes tous réunis dans une confédération pour assurer le combat classe contre classe au même titre que le MEDEF.

Le syndicalisme est un mode de lutte de classe. La CNT défend les projets anarchosyndicaliste et syndicaliste révolutionnaire. Nous pensons que l’action syndicale peut et doit être une gymnastique révolutionnaire. C’est quand le syndicat est grand qu’il peut imposer des choses, qu’on peut gagner et avancer, c’est pourquoi il faut se syndiquer. Question de rapport de force. Il faut se syndiquer pour stopper le patronat dans son offensive. Le syndicat est et doit être l’école des travailleurs  : apprendre à comprendre son entreprise, son fonctionnement, le fonctionnement de son industrie et plus généralement du capitalisme pour apprendre à le déconstruire et proposer une alternative basée sur l’autogestion et le fédéralisme.

Dans le Bâtiment, le syndicalisme CNT prend notamment tout son sens de par la particularité structurelle de celui-ci : les petites entreprises. Nous sommes face à des microstructures où souvent le patron arrive difficilement à vivre écrasé par le système (loin de moi l’idée de les plaindre, c’est leur choix, cela reste des patrons aux comportements souvent exécrables). La question n’est donc pas forcèment d’appliquer la stratégie syndicale classique mais bien de s’unir sur une base de lutte de classe à travers toutes les boîtes pour constituer une force agissante, apprenante et constructrice d’un Autre Futur. Si demain on réunit la majeure partie des travailleurs du bâtiment, qu’on fait grève et qu’on descend dans la rue, ça fera du barouf !

Rejoignez l’organisation des travailleurs.

Rejoignez la CNT

Ben, militant à la CNT

animateur de “la bande à Spartacus”, tous les jeudis à 20 h sur radio canut, 102.2 FM

adhérent de Culture de Classe


Forum

Fil d'infos