Le domaine de l’énergie et ses problématiques (production, distribution, consommation) est très peu connu du grand public ainsi que de nos chers décideurs (maires, députés, ministres etc.) voire même encore moins, et beaucoup plus inquiétant, chez la plupart des militants non plus.
Pourtant le domaine de l’énergie a toujours été au cœur du développement et du fonctionement des sociétés. Souvent elles se construisent en fonction de leurs sources d’énergie : charbon de bois au moyen âge, charbon pour le début de l’ère industrielle et capitaliste, pétrole pour la société capitaliste moderne (Rockefeller a construit sa fortune sur le pétrole).
En général le peuple n’a pas bien son mot à dire dans le choix et la
gestion de ces mêmes énergies.
En effet ce domaine hautement stratégique n’est guère soumis au débat
: consommez, on s’occupe de tout !
Sauf que chaque utilisation d’énergie a ses conséquences : déforestation pour le charbon de bois au moyen âge , pollution des villes en Angleterre et misère de la classe ouvrière pour le charbon, état autoritaire et criminel pour le nucléaire et ses risques (retombées de Tchernobyl, déchets etc.), et aujourd’hui on commence à mesurer les conséquences du réchauffement climatique induit par la consommation de combustible fossile : en moins de deux cent ans l’homme a réussi à modifier un des paramètres les plus importants à la vie sur terre : le climat.
L’espèce humaine s’est adaptée depuis des centaines de milliers d’années aux variations climatiques naturelles (glaciation etc.) dans un monde vaste et peuplé de quelques millions d’humains. Mais aujourd’hui avec 6 milliards de personnes et une démographie galopante, une hausse des températures extrêmement rapide à l’échelle géologique (plus 2 à 5°C d’ici la fin du siècle), cela n’ira pas sans de graves conséquences : ressource en eau, production agricole, montée du niveau de la mer, réfugiés climatiques, guerres etc.
Par ailleurs l’enjeu énergétique, notamment les réserves limitées de pétrole (environ 40 ans), est en train de provoquer un bouleversement stratégique à l’échelle mondiale : on connait bien sûr la guerre en Irak ; mais la lutte pour l’accès aux puits de pétrole ne fait que commencer.
Tout ceci dans un contexte ultra libéral où les grands groupes sont en train de faire le hold-up du siècle sur les marchés libéralisés, où une concurrence acharnée se livre pour la dépouille des anciens groupes publics : on parle de GDF mais la cession d’une partie du capital de la Compagnie Nationale du Rhône (4 % de la production électrique nationale, 80 millions d’euros de bénéfices) dont les barrages ont été payés par l’argent public et depuis longtemps amortis, constitue une véritable manne financière pour Electrabel filiale de deviner qui... Suez bien évidemment.
Et pendant ce temps l’accès à l’énergie à travers le monde est de plus
en plus tendu, et bien sür ce sont les plus pauvres qui en font les frais.
D’ailleurs les multinationales ne se trompent pas et occupent largement
le domaine des énergies renouvelables (solaires photovoltaïques par ex)
investissant une infime partie de leurs colossaux bénéfices (12
milliards pour Total en 2005, équivalent à 5% du budget de l’état) mais
ceci leur permettra d’être en position de force sur les marchés de l’énergie quand
il n’y aura plus de pétrole.
Malgré cela on constate souvent que les milieux militants sont quasi ignorants de la question, ou relèguent ça dans l’écologie entre les bébés phoques et les petites fleurs (bon d’accord je pousse un peu) en attendant le matin du grand soir pour s’en occuper.
Ce qui sera certainement trop tard.
Pour preuve, en faisant un tour des principaux sites alternatifs, libertaires etc. je n’ai trouvé que peu d’articles sur le domaine de l’énergie et du réchauffement climatique, des économies d’énergie etc. De même après un passage discret dans certaines librairies militantes, on trouvera au mieux des ouvrages sur le nucléaire.
Le but n’est pas de faire une critique négative mais de faire prendre conscience que les choix techniques ne sont pas neutres : ils impliquent des choix de société. Appuyer sur un interrupteur n’est pas un geste anodin, c’est une commande à un fournisseur qui a des conséquences sociales et environnementales.
Le domaine des énergies a trop longtemps été le terrain de chasse privée d’une élite gouvernementale et des multinationales, il est temps aujourd’hui de vulgariser, de s’informer sur ces problématiques, de faire des choix dans notre quotidien et de commencer à développer un autre avenir énergétique.
Surtout que tout cela ne servirait à rien sans une attitude cohérente vis à vis des économies d’énergies car la première source d’énergie renouvelable est celle que ne l’on consomme pas : lampes halogène, veille d’appareil électronique, ordinateur allumé en permanence, chauffage électrique etc...
De plus la crise énergétique qui se profile engendre déjà une hausse constante des prix de l’énergie qui n’est pas près de s’arrêter. Ce qui pourrait poser des problèmes financiers, ou des choix cruellement glaciaux lors de la période de chauffe pour de nombreuses associations ou syndicats qui déjà ne roulent pas sur l’or et sont logés pour la plupart dans des locaux vétustes souvent très mal isolés (plus souvent pas du tout, voire ouverts aux quatre vents).
Anticiper et comprendre l’importance de ce domaine (par ex 1°C de température en plus, c’est 10 % de facture en plus), c’est aussi se montrer cohérent par rapport aux idées généralement défendues : anti-nucléaire, pétrole etc.
Bien entendu cela va de pair avec une destruction du
capitalisme mais en attendant le grand soir il est primordial de
commencer à utiliser et produire des énergies alternatives.
Paradoxalement la libéralisation du marché de l’énergie offre
l’opportunité de choisir aujourd’hui une alternative au tout nucléaire
de l’entreprise d’état EDF, et aux offres des entreprises capitalistes
qui se partagent le reste du gâteau.
En effet depuis quelques temps déjà les entreprises (donc les assos) sont libres de quitter EDF et de choisir un autre fournisseur d’électricité (à l’image du marché de la téléphonie). Ca sera le cas pour les particuliers en juillet 2007.
Cette libéralisation des marchés, attaque sans précédent du capitalisme,
n’est pas sans intérêt pour le développement des énergies
renouvelables et le développement d’une économie non capitaliste : une
coopérative de distribution d’électricité 100% renouvelable s’est créée,
elle s’appelle ENERCOOP et elle regroupe en son sein des producteurs,
des consommateurs, des salariés et des collectivités locales.
Depuis le mois de septembre 2006, elle a commencé à livrer de
l’électricité « verte », petite hydraulique, éolien, photovoltaïque etc.
(sans
nucléaire, sans gaz à effet de serre, sans grands barrages)
Depuis plus d’un mois l’Atelier a fait le choix d’adhérer à Enercoop et de participer au développement des énergies renouvelables.
Ces quelques lignes sont écrites dans le but de susciter questions et interrogations, de lancer le débat et de faire des choix conscients des enjeux en cours.

