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Le 27 novembre 1793, "le vertueux canut" Denis Monnet est guillotiné

Publié mardi 27 novembre 2007
 

Personnage capital de la lutte des canuts du XVIIIème siècle, et du mouvement ouvrier, Denis Monnet mérite d’être mieux connu, et pas seulement des Lyonnais... A Lyon, pas une seule place, pas une seule rue, pas une seule école ne porte son nom, ni de même dans d’autres localités de l’agglomération lyonnaise !

Cette exécution sommaire à Lyon est dûe à l’erreur parisienne. Où mène le jacobinisme parisien, le centralisme, la rigueur soi-disant "révolutionnaire", le penser global sans connaître rien du local... sinon à de graves erreurs, à la fureur meurtrière, à Denis Monnet guillotiné !

Jugement sommaire de Denis Monnet

« Le 7 frimaire de l’an 2, le tribunal de justice populaire séant à Ville-Affranchie, présents les citoyens Dorfeuille président, Cousin, Daumale et Baigue, juges, assistés de Gatier, greffier, dans le prétoire du tribunal de district de Ville-Affranchie, lieu ordinaire de ses séances publiques, faisant droit sur les conclusions de l’accusateur public, a condamné et condamne le dit Denis Monnet à la peine de mort, ordonne qu’il sera livré à l’exécuteur des jugements criminels, et conduit sur la place ordinaire des exécutions pour y avoir la tête tranchée. »

L’exécution de Denis Monnet, qui avait 43 ans, eut lieu le lendemain, le 27 novembre 1793, 8 frimaire de l’an 2, « cette malheureuse année de la République française », comme le disait François-Joseph Lange, un des précurseurs du vrai socialisme, qui fut aussi exécuté 12 jours avant Denis Monnet.

Les bandes parisiennes de Robespierre, d’Hébert, de Collot d’Herbois, de Fouché qui avaient missionné Dorfeuille à Lyon (Ville-Affranchie) ne connaissait rien de ce qui se passait réellement dans cette ville. Ils n’ont pas compris qu’à Lyon c’était toutes les prémices du mouvement ouvrier qui étaient en train de naître. Comment ont-ils pu accuser Denis Monnet d’être contre-révolutionnaire ?

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quai "pierre scize" à l’époque de Denis Monnet

« Une célébrité parmi les tisseurs à cause de ses services » disait de lui Pierre Charnier, le fondateur du Mutuellisme, qui était installé dans le même quartier que Denis Monnet, à Bourgneuf, rue Peyrollerie, aujourd’hui quai pierre scize.

Jean Jaurès , furieux de l’imbécilité primaire et de ce qu’avait fait ce soi-disant révolutionnaire en condamnant à la guillotine, n’y allait pas par quatre chemins. Il parle de « Malentendu sinistre », de « maniaque de destruction », de « fureurs meurtrières », « qu’il ne sait rien de Lyon, de son passé glorieux, et triste, de ses révoltes sociales... Comment peut-il oublier que les ouvriers lyonnais avaient formulé récemment un nouveau tarif des salaires avec des considérants d’une haute portée sociale ? »

Et Denis Monnet y était pour beaucoup dans toute cette lutte pour "le tarif".

Il est vrai que deux ans plus tard, à la chute de Robespierre, le 15 floréal de l’an 3 (4 mai 1795) plusieurs milliers d’émeutiers envahissent les prisons de la ville de Lyon et massacrent 99 Jacobins détenus, dont le comédien Dorfeuille, ex-président du Tribunal révolutionnaire.

La lutte de Denis Monnet
avec les ouvriers lyonnais

C’est ainsi que Jean Jaurès entrevoit la lutte des canuts :
« La classe des maîtres-ouvriers lyonnais est, par l’esprit de résistance et d’organisation, ou même par la netteté de certaines formules sociales, en avance sur la classe ouvrière du 18ème siècle. » N’est-ce pas à Lyon qu’a été prononcé, et bien avant 1789, le mot de salaire ?

Des soulèvements de canuts s’étaient produits déjà à Lyon en 1744, sans qu’ils obtiennent gain de cause. En 1786, dans une requête de Denis Monnet, on relève déjà une partie de la devise rendue célèbre par les canuts en 1831 : « L’honteuse avarice, ou plutôt la cupidité de nombre de marchands-fabricants de cette ville porta, dans l’année 1786, le désespoir dans l’âme des maîtres-ouvriers qui travaillaient nuit et jour. Ils s’adressèrent aux anciens juges-consuls ; mais ils étaient marchands, et ils rejetèrent leurs remontrances et leurs réclamations. Ils prirent alors le parti de convenir entre eux que pour vivre en travaillant, il ne fallait ouvrer tels et tels genres d’étoffes qu’aux prix qu’ils déterminèrent. »

"L’émeute des deux sous", le 8 août 1786 avait finalement arraché au Consulat (l’ancienne administration municipale de Lyon) une augmentation des prix de façon de 2 sous par aune de tissu, alors qu’ils demandaient 4 sous. Mais, après l’intervention auprès du roi des marchands-fabricants qui ne fabriquent rien, cet arrêt avait été révoqué le 3 septembre par le Conseil du roi. L’agitation reprend et des réunions de canuts sont signalées à la Croix-Rousse, à Saint-Just, et même dans la presqu’île.

Des papiers circulaient entre canuts, dont l’un d’eux portait l’écriture de Denis Monnet : « Nous estimons que si la voie de la représentation ne suffit pas pour obtenir un Tarif, il faut d’un esprit ferme et d’un accord sincère, chacun à part soi, faire monter les prix de façon... un tiers entier des prix présents ». Ce papier avait été intercepté par un garde de la Fabrique et remis à Tolozan, le prévost des marchands de Lyon, équivalent du maire actuel. Et Monnet, "l’auteur de libelles et écrits séditieux", d’être surveillé et même incarcéré à la prison St Joseph par Tolozan le 22 novembre 1786. Aucun témoin à charge n’ayant pu être trouvé, il en fut libéré sous conditions, après 70 jours, le 30 janvier 1787. Il est dit lors de l’interrogatoire, et c’est ce qui gêne les bourgeois, que Denis Monnet est « le point de ralliement de la confiance et des intérêts des ouvriers ». Ce que lui-même admettait bien volontiers en reconnaissant « oser mettre par écrit les premiers accents de nos justes luttes ». En effet, il recopiait et distribuait aussi des papiers d’autres ouvriers, permettant ainsi la circulation des informations.

Un mémoire, dont on peut attribuer la rédaction à Denis Monnet, avait été élaboré lors des réunions électorales pour les États Généraux, les 26 et 27 février 1789, à la primatiale St-Jean où 3.300 maîtres-ouvriers nommèrent 34 électeurs, les canuts refusant que les députés du tiers-état puissent être des fabricants de soierie, c’est-à-dire le patronnat bourgeois.

On peut y lire : « L’ouvrier en soie ne peut vivre du salaire qu’il obtient par un travail forcé de dix-huit heures par jour. » Un tableau précis présente toutes les dépenses de première nécessité comparées à un salaire « qui ne saurait fournir aux deux-tiers des besoins les plus urgents de la vie. » Pour éviter d’être totalement à la merci du fabricant, il est proposé la convention d’un Tarif, révisable à époques fixes et déterminées. En attendant, la demande est faite d’appliquer le Tarif arraché en 1786, une réforme de l’organisation corporative pour que les canuts soient mieux représentés, et d’éviter la main d’oeuvre sous-payée (femmes et enfants). Ils réfutent le faux argument de la concurrence étrangère. La conclusion est : « Quand on ne considèrerait les ouvriers en soie que comme des instruments mécaniques...ou...comme des animaux domestiques... toujours faudrait-il leur accorder la subsistance qu’on est forcé de fournir à ceux-ci, si on ne voulait pas s’exposer à se voir bientôt frustré du fruit de leurs travaux. »

Des "Doléances des maîtres-ouvriers, fabricants en étoffes d’or, d’argent et de soie de la ville de Lyon, adressées au roi et à la nation assemblée" sont ensuite élaborées en juin 1789. Denis Monnet, mandataire des maîtres-ouvriers, se rend fréquemment à Versailles et à Paris. Il multiplie les interventions auprès des députés lyonnais. Il finit par obtenir du Conseil du roi le 29 novembre 1789 le fameux Tarif demandé par les canuts.

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Recueil de mémoires et TARIF sur sollicitations réitérées de DENIS MONNET

Mais son application se fait attendre et Denis Monnet publie lui-même un Recueil de mémoires et Tarif. En fin de compte, la nouvelle municipalité élue déclare le Tarif exécutoire le 27 avril 1790. Denis Monnet avait enfin sa revanche sur 1786 et obtenait du Conseil du roi un arrêt contre les mêmes marchands de la classe bourgeoise.

Le 5 mai 1790, 3.500 maîtres-ouvriers se réunissent en la primatiale St Jean sous la présidence de Denis Monnet à partir de six heures du matin, et considérant que les marchands ont des intérêts opposés aux leurs, ils décident de « se régir et gouverner par eux-mêmes » sans les marchands. Puis ils élisent des commissaires selon les 28 quartiers de Lyon. Denis Monnet est élu à l’unanimité maître-garde syndic pour veiller à l’éxécution de l’arrêt du Conseil du roi.

Dans les "Doléances" une nouvelle proposition était apparue de ne plus exiger de certificat de catholicité pour l’apprentissage et la maîtrise, permettant d’ouvrir leur profession aux non-catholiques de tous pays. Ils comparent aussi leur situation de "prétendue liberté" au Code Noir. Denis Monnet en parlera dans une requête qu’il fit le 21 mars 1791 : « Il faut aller dans un autre hémisphère pour trouver des hommes qui se soient impunément arrogé le droit de faire travailler d’autres hommes aux conditions qu’ils veulent. Encore ce droit barbare, réprouvé déjà dans une grande partie de ces contrées, est-il l’objet de réclamations des âmes sensibles qui unissent leurs voix de tous les endroits où l’on connaît l’humanité et les droits de l’homme. »

En conclusion, laissons Fernand Rude résumer la formidable action de Denis Monnet : « En arrachant le Tarif au Conseil du roi, en brisant le corset du système corporatif, en voulant ainsi profiter des principes consacrés dans les droits de l’homme et du citoyen, c’est déjà le syndicalisme que préfiguraient Denis Monnet et les militants ouvriers lyonnais de l’époque révolutionnaire ! » [1]

[1] Extrait de Doléances des maîtres-ouvriers, fabricants d’étoffes d’or, d’argent et de soie de la ville de Lyon adressées au roi et à la nation assemblée de Fernand Rude (éd. Fédérop, 1976)


Forum

  • Le 27 novembre 1793, "le vertueux canut" Denis Monnet est guillotiné
    Le 29 novembre 2006 vers 13 h, par Anne

    Il serait utile d’avoir les conclusions de l’accusateur public contre Denis Monnet, afin de savoir sur quels motifs il fut condamné à mort.

    L’interprétation que fait l’article des citations de Jean Jaurès est fausse. Toute l’argumentation de Jaurès vise à rendre Collot d’Herbois et les hébertistes (Ronsin, Vincent) seuls responsables de la répression sanglante à Lyon, en dédouanant les autres membres du Comité de salut public. Quant à l’expression « bande parisienne de Robespierre », elle n’a aucun sens : Robespierre n’était proche ni de Fouché ni de Hébert, et la politique du Robespierriste Couthon à Lyon est sans commune mesure avec celle qu’y mena Collot d’Herbois. Collot fut d’ailleurs rappelé à Paris par le Comité de salut public de Robespierre pour rendre compte des excès de la répression à Lyon. Et Fouché, accusé des mêmes faits, et qui craignait pour sa vie, fut l’un des principaux artisans de l’exécution de Robespierre le 10 thermidor...

    • Le 27 novembre 1793, "le vertueux canut" Denis Monnet est guillotiné
      Le 29 novembre 2006 vers 18 h, par Almanach de Myrelingue

      Merci pour ces précisions.

      Nous allons essayer de trouver aux archives le motif de la condamnation à mort de Denis Monnet.

      En ce qui concerne les citations de Jaurès, l’article ne met pas en cause Robespierre, mais celui qui a prononcé la condamnation à mort.

      Nous allons faire en sorte que le passage soit plus clair là-dessus et corriger l’autre passage, selon vos suggestions et après relecture des sources.

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